Retour sur la rencontre avec Thomas Gornet Bibliothèque municipale de Guéret

, par  Marianne Lepot

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Mercredi 10 décembre, 19 élèves de l’internat ont participé à une rencontre intéressante et animée avec Thomas Gornet, auteur limougeaud, pour son livre Qui suis-je ? . Cet événement a été organisé par Morgane Le Berre, assistante d’éducation, et s’est déroulé en la présence de Mme Valérie Geneste Isidore et de M. Mustapha Had, CPE ; de Melle Marianne Lepot, professeur documentaliste et des trois bibliothécaires de la ville de Guéret.
Tous les participants avaient lu ce court roman, qui met en scène un adolescent découvrant peu à peu l’amour à travers celui qu’il porte à un camarade de classe.
L’échange a commencé autour de la lecture par des élèves de passages du livre qui les avaient particulièrement touchés. A la suite de cela, Thomas Gornet a expliqué sa démarche d’écriture, ses motivations et ses difficultés face au traitement de la thématique de l’homosexualité à destination des adolescents.

 Le choix de la littérature jeunesse

Le narrateur de Qui suis-je ? a 14 ans, et découvre sa différence dans le contexte d’un collège où prime l’uniformisation : le caïd de la classe multiplie les conquêtes féminines et les garçons se traitent de « pédés » dans la cour de récréation. L’auteur a choisi de situer son personnage à l’âge où tous les jeunes découvrent le sentiment amoureux pour pointer le malaise de ceux qui n’ont pas le droit de l’avouer. La difficulté a été de traiter le sujet sans être trop cru, le livre étant édité dans la collection Médium de l’Ecole des loisirs, destinée aux 12-16 ans. Thomas Gornet a exprimé son regret de n’avoir pas pu décrire plus explicitement l’érotisme de certaines scènes, dont celle de l’unique baiser entre les deux garçons, mais ne pense pas pour autant avoir le recul nécessaire pour transposer ce thème dans une littérature adulte.
Certains élèves ont d’ailleurs émis des critiques à ce sujet, trouvant le vocabulaire trop simple, les phrases trop courtes et les sentiments décrits trop enfantins. L’auteur a alors exposé sa volonté de mettre en évidence l’immaturité du narrateur par rapport à ses camarades de classe : en ne sachant pas qui il est, il ne peut pas grandir comme les autres. Thomas Gornet a également suggéré qu’en évitant volontairement une écriture descriptive, il voulait laisser le lecteur « combler les trous » et créer le décor grâce à son imagination. Il a évoqué la distance que pouvaient peut-être mettre des élèves de terminale avec une littérature jeunesse dont ils pensent qu’elle ne les concerne plus, mais les a généreusement invités à s’y replonger plus tard, et à continuer d’aller assister à des représentations de spectacles « jeunes publics » dont la qualité dépasse souvent les frontières de l’âge. Par ailleurs, Thomas Gornet se produit au théâtre national d’Aubusson les 2 et 3 février dans L’œil de l’ornithorynque , qui met en scène un autre jeune garçon perdu dans sa solitude.

 La question de l’autobiographie

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Des élèves ont demandé à l’auteur s’il s’agissait d’un récit autobiographique, car ils avaient été frappés par la sincérité des sentiments abordés. D’abord un peu contrarié que l’on rapporte souvent son œuvre à son propre parcours, et mentionnant le fait que l’on ne demandait pas à un écrivain hétérosexuel si l’histoire d’amour qu’il racontait entre un homme et une femme était issue de son propre vécu, il a ensuite convenu que l’on se rapportait souvent à des bribes de souvenirs pour construire un récit.
L’écriture de ce roman n’avait pas pour objectif de raconter sa propre histoire, mais de proposer une approche différente par rapport aux autres livres de littérature jeunesse autour de l’homosexualité. Plutôt que de relater la découverte progressive du sentiment homosexuel par un adolescent, il a souhaité que cette révélation se fasse par le biais des autres qui lui font peu à peu comprendre ce qu’il est et ce qu’il ressent, puisqu’ils s’en rendent compte avant lui. Ce regard des autres, ami ou ennemi, est indispensable pour décrire le poids qui tombe sur le cœur de cet adolescent, en dépit de ses efforts pour alléger sa situation.

 L’écriture comme « acte militant »

En effet, le rire côtoie la douleur dans le monde à la fois cruel et superficiel de ces collégiens. Si des élèves ont regretté le manque d’action et de péripéties dans la vie du narrateur, c’est peut-être que celui-ci est dans une approche contemplative, et qu’il est exclu de la vie « normale »de son établissement, comme de celle d’une vie « normale » dans son foyer. Thomas Gornet a admis qu’il ne pensait pas forcément avoir le don de construire des intrigues palpitantes, mais qu’il écrivait aussi pour produire « un acte militant », et pour tenter de lutter à sa manière contre les discriminations.
Son souhait est que ses lecteurs abordent Qui suis-je ? comme une histoire d’amour avant tout, et que la sincérité des sentiments les aide à porter un regard plus simple sur l’homosexualité, malgré les difficultés sociales que cette thématique soulève encore.

La rencontre s’est achevée par une sympathique collation qui a permis à tous ceux qui y ont participé de continuer la discussion, et d’apprécier la chaleureuse simplicité de Thomas Gornet au cours d’une séance de dédicaces et de photos souvenirs.

 Bibliographie

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Qui suis-je ? de Thomas Gornet (Ecole des loisirs, collection Medium, 2006) est disponible au CDI.
Son second roman, Je n’ai plus dix ans, est paru en 2008 dans la collection Neuf Poche de l’Ecole des Loisirs.

  • Bourg d’Hem

    Pierre Bourdan, une des voix de la France Libre à Londres